sit_guitar

La Sit-guitar a été conçue pour jouer de la Musique d’Inde du Nord. Les vibrations dues aux cordes sympathiques apparentent le son de l’instrument à celles d’un sitar par certains aspects, d’un sarode pour d’autres aspects. le son produits par les 6 cordes principales est celui d’une guitare mais ressemble un peu à une vina dans les graves. La technique de jeu que j’utilise est celle d’un guitariste bien que la main droite utilise une technique de sarode pour jouer le chikari et la main gauche utilise une technique de sitar pour les mind (mind) et les gamak (tirer la corde vers le bas).
L’idée de transformer une guitare m’est venue à la suite de mon premier séjour à Bénarès en 1998. Voulant m’initier à la musique classique de l’Inde du Nord, je prenais des cours avec le sitariste Amar Nath Mishra sur une guitare acoustique folk, 6 cordes. Je devais toutefois admettre, peu de temps après, que les limitations de cet instrument ne me permettraient pas d’explorer pleinement les ragas de l’Inde du Nord. Je me retrouvais alors face à un choix:1. Changer d’instrument, me familiariser avec le sitar, le sarode ou la Mohad-Vina (slide-guitare indienne qui se joue sur les genoux avec une pierre)2. Jouir de mon expérience et de ma technique de guitariste depuis 1974, et par conséquent, adapter une guitare pour m’immiscer dans les vibrations de la musique indienne.Dilemme ? Non. Très rapidement et ce dès 1999, j’ai commencé à imaginer la sit-guitare.
L’ élaboration mentale de l’instrument, s’est matérialisée par un prototype de guitare à sonorités indiennes.
Certes, je ne suis pas le premier guitariste à être attiré par les instruments à cordes indiens et les similitudes des sons/techniques entre la guitare et le sitar ou le sarode. Pour n’en citer qu’un, citons le plus célèbre des musiciens qui se soient lancé dans ce type de transformations, John McLaughling. Pour ma part, j’ai su assez rapidement définir ce que je souhaitais comme instrument, le processus de transformation était amorcé.Je ne souhaitais pas construire un instrument non-tempéré avec des frets amovibles. Il me semblait primordial de garder l’opportunité de jouer des accords… Je ne souhaitais pas construire une guitare, je désirais modifier l’instrument et lui faire acquérir de nouvelles compétences.
Cheminement dans l’élaboration d’un nouvel instrument
Ma première idée a été l’addition d’un  bourdon nommé chikari. Le Chikari est constitué de 2 ou 3 petites cordes servant à ponctuer les différents types de discours musicaux propre à la musique Indienne accordée sur le SA (do) ou SA PA (do, sol) . Pour cet ajout, je me suis donc procuré une Takamine 12 cordes de moyenne facture, limitant ainsi les dégâts en cas d’échec dans la réalisation du projet. Pourquoi une douze cordes ? parce qu’il me semblait essentiel d’avoir à ma disposition une quantité de mécaniques suffisantes pour le rajout de nouvelles cordes ainsi qu’un manche capable de supporter une tension plus forte qu’une guitare normale de  6 cordes. Le manche, plus large, me permettrait ainsi de tirer les cordes plus aisément dans un mouvement vers le bas (technique de bending de sitariste).

1ère étape
Rehaussements du silletModification du sillet pour soutenir les cordes de chikari, ajout d’un sillet supplémentaire pour les cordes sympathiques         Les 2 écrous dans le manche font suite à une cassure due à une trop forte tension sur ce dernier.

Ajouts de nouvelles cordes sur le chevalet

La  première difficulté rencontrée fut de trouver un support pour attacher les cordes qui ne faisaient pas face au manche.

J’ai d’abord utilisé les trous existants dans le chevalet et repercé quelques trous, utilisé le même chevalet, en détournant les cordes avec une vis.
Pour obtenir un prolongement de la note similaire au sitar,  il me fallait adapter un chevalet, large et bombé (Djavari), provoquant ce sustain typiquement indien .
Le Djavari a été fabriqué à Delhi par Ajay Das et son père (magasin Rikhi Ram). Ces deux passionnés, riches en couleurs et en connaissance, m’ont toujours apporté un soutien précieux, et ce, tout au long de la conception de l’instrument.
Les premières modifications ainsi faites, j’ai défini la tonalité de l’instrument : Ré (D) et commençais à travailler la technique du chikari.

Addition de 2 djavaris au niveau du sillet à Delhi chez Ajay Das, j’ai fait construire 2 nouveaux djavaris ; un, rehaussé, pour les 2 cordes de chikaris, un autre pour les 7 cordes de tarafs,

Les 6 cordes jouées  (a)

2 cordes de Chikari, qui se retrouvent sur presque tous les instruments indiens, comme un drone. (b)

8 cordes sympathiques appelée “taraf” (c)

2ème étape
Il fallait trouver un emplacement sur la caisse de la guitare pour    tendre les cordes du Chikari et celle du Taraf. Je souhaitais ajouter un nouveau chevalet sur la caisse. Cette option, très onéreuse, ne se révélait pas judicieuse.         La table de la guitare n’aurait pas supporté la tension.Suite aux recommandations du luthier  Vincent Zanetti.j’ai opté pour un chevalet de mandoline.

Diamètre des cordes (Gauge)
Technique de bend et slide
Durant la première année, il a été très difficile de trouver le bon diamètre pour chacune des 6 cordes. Les techniques du mind (bend vers le bas comme un sitariste ou glissando comme un sarod) et du gamak (modulation rapide entre 2 notes), difficilement réalisables pour un non-initié, se ressentent douloureusement au niveau des doigts par la tension qui est imposée. J’ai été alors tenté de mettre des cordes plus fines afin d’avoir moins mal. Mais ces cordes n’avaient pas assez de volume et elles frisaient. J’ai même essayé pendant un court moment, une corde “plain” en bronze pour le Sol, qui devait me permettre de “glisser (slide)  sans bruit, la corde cassait systématiquement. Il m’a fallu  plus d’une année pour finaliser les diamètres des cordes (jeu de corde) avec lequel je joue encore aujourd’hui. D 62, A 42, D 29 G 22 B 15 E 12.Ce jeu de cordes ne se trouve pas sur le marché tel quel, il est très peu conventionnel.  Et parce qu’il est parfois difficile de trouver les cordes qui m’intéressent, je n’attache pas grande importance aux marques des cordes utilisées. Je prends ce que je peux trouver. Je mélange parfois le phosphore-bronze et le bronze.A un moment donné, pour les techniques de bend, j’ai été tenté d’incurver mon manche comme un sitar. Cependant, à la suite d’une longue conversation avec Roy Chaudury, un de mes professeurs à Delhi, j’y ai renoncé. Nous étions en 2002, je n’étais déjà plus un novice. Roy m’a alors conseillé de me contenter des limitations de mon instrument, et d’en tirer parti.  Effectivement, par la technique de bend, je tirais sur certaines cordes et pouvais descendre jusqu’à de 2 tons pourquoi perdre encore des mois à transformer un instrument plutôt que de consacrer ce temps à jouer de la musique avec l’instrument que j’avais conçu. Des années après, je me remémore ce moment comme un des moments clef du cheminement que j’ai fait.
La transformation semblait s’achever, les cordes rentraient en vibration. Elles me procuraient une sensation jamais égalée par aucun autre instrument que j’aie joué auparavant. Pourtant, je percevais qu’il me manquait encore … des cordes sympathiques. 5 notes sonnaient en sympathie, s’il m’était possible d’en adapter 7 ou 8, je pourrais couvrir toutes les notes d’un raga, entièrement, sur une octave.  C’était un nouveau challenge. Comment fixer de nouvelles mécaniques sur la tête du manche de la guitare ? Au hasard des conversations, il m’a été suggéré d’adapter des mécaniques de Banjo. C’était bien la clef du problème. Des mécaniques qui accordent depuis le dessous du manche sans démultiplication, ou en quart de tour. Je me suis alors empressé de faire fixer deux, puis trois de ces mécaniques à Genève, complété par un nouveau déplacement à Delhi, pour refaire un nouveau Djavari.À partir de ce moment, j’ai eu le sentiment d’”achèvement” de la Sit-guitar. La métamorphose avait pris près de 5 ans. Nous étions en novembre 2004, et le prototype était finalisé.
3ème étape
Construction d’une nouvelle guitare de 16 cordes

À ce stade, j’avais un instrument qui me comblait certes énormément, mais qui ne restait qu’un prototype. Par conséquent, j’ai décidé de me faire construire une sit-guitar et me suis mis à la recherche d’un luthier de guitare. Après quelques mois, mes investigations m’ont poussé à choisir le luthier MOON, à Glasgow (Ecosse) à qui j’ai communiqué toutes les instructions propres à la réalisation de mon instrument. J’ai également choisi les bois, palissandre du Mozambique, pin de Sibérie, ébène.

La fabrication de la guitare a pris un peu plus d’un an je suis allé la cherché à Glasgow fin mars 2007.

Mechaniques sur la Moon

Sillets